mercredi 7 janvier 2015

Reims, La Criée, programme 1er trimestre 2015

Le collectif à venir


Conférences – débats 2015
1ère Conférence/Débat du 1er trimestre :
 Jeudi 22 janvier 2015
à 21h00 au Centre Artaud
Loriane Bellahsen
Psychiatre
"Autisme et Neuropolitique"
Le déploiement extraordinaire de la question de l'autisme dans l'espace public français contemporain interroge d'autant qu'il prend plusieurs formes: de l'héroïsation médiatique de l'autisme d'Asperger à l'utilisation disqualifiante par certains du terme "autiste" dans la vie courante, de la condamnation de la psychanalyse à la glorification des neurosciences, du comportementalisme et plus généralement de la "médecine fondée sur la preuve". Ce ne sont pas seulement des discours mais toute une politique qui se met en place à partir de l'autisme pour promouvoir des pratiques éducatives, de soin et d'accompagnement qui s'organisent autour de la notion objectiviste de mesure: "seul ce qui se mesure s'améliore" étant la nouvelle profession de foi de cet ensemble de pratiques.
De quelle amélioration s'agit-il exactement?
A partir de la lecture de certains écrits de deux neuroscientifiques reconnus dans le champ de l'autisme, nous verrons ce que recouvrent pour ces deux auteurs la mise en valeur de l'autisme d'Asperger en termes de neuroamélioration de l'être humain.
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Jeudi 19 février 2015
à 21h00 au centre Artaud 
Christophe Chaperot
Psychiatre et Psychanalyste
Présentera son livre
« Formes de transfert et Schizophrénie »
                                éditions Eres
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Samedi 28 mars 2015
à 14h00 au centre Artaud
Pierre Kammerer
Psychanalyste
Présentera son livre
"L'enfant et ses meurtriers"
                                éditions Gallimard 
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Argument de l'année

Nous poursuivrons, sur les traces des années précédentes, les échanges sur les enjeux des pratiques de la Folie qui se posent aujourd’hui dans un contexte culturel et politique inédit. Le «moment St Albanais » avait suscité l’émergence de la PI et du désaliénisme, s’appuyant sur quelques psychiatres d’avant- garde. Une période où la promotion de la politique de secteur, l’essor de la psychanalyse donnaient l’impression d’une ouverture de la Culture à l’inconscient freudien, mais aussi à une psychiatrie luttant contre sa fondation ségrégative, et œuvrant à des « alternatives à l’Asile ». De multiples tentatives ont ainsi vu le jour théorisant leur expérience avec des idéaux humanistes, marxisants, libertaires qui n’avaient pas forcément de grande cohérence conceptuelle, mais traduisaient l’effervescence du « moment 68 » et de ses suites. Les années 80 auront été marquées par la reconnaissance légale du secteur, pour très vite aboutir, dans un mouvement de retournement pernicieux, à l’idée d’une évaluation généralisée des pratiques, afin de les rendre mesurables et « normalisées ». 
La Criée a été ainsi fondée en 1986 contre ce projet désastreux qui prétendait maitriser l’inestimable du désir humain, mais aussi pour continuer à promouvoir les praxis se réclamant d’une double articulation entre le Politique et la Psychanalyse. Nous nous sommes ainsi réinscrits au cœur même même de la transmission de la PI, tout en soutenant avec constance la nécessité de réinventer une conceptualisation qui s’était forgée dans une toute autre époque. Chacune de nos rencontres s’est effectuée avec ce souci d’un ancrage dans les pratiques, et d’échanges transdisciplinaires entre des approches qui relevaient le défi de la « double aliénation ». Jean Oury aura été à nos côtés pendant un quart de siècle, nous apportant une pensée toujours en mouvement et se nourrissant de nos échanges. Sa mort à la veille de nos dernières rencontres nous place devant des responsabilités accrues : il s’agit de tenir le cap des « praxis instituantes » (cf Dardot et Laval dans « le Commun »), autrement dit de relancer sans cesse la création de lieux d’accueil et de soin qui s’appuient sur la créativité et la parole mise en acte de ceux qui s’y tiennent : patients, soignants, mais aussi familles et personnes concernées … Cela suppose une résistance opiniâtre contre les folies évaluatrices et les volontés de mise au pas de la HAS, qui s’institue aujourd’hui en « police de la pensée » du soin et des pratiques. Ce qui affecte notre praxis se trouve comme toujours pris dans l’aliénation sociopolitique de notre époque marquée par l’ultralibéralisme et par la montée inquiétante du racisme et des processus ségrégatifs.
Repenser donc le Collectif à venir en s’appuyant sur les théorisations de ceux qui nous ont précédés, et en particulier Jean Oury, relire ses séminaires, mais aussi nous confronter aux difficultés de la pratique actuelle, devrait mobiliser nos échanges pour les deux années à venir, et se conclure par des rencontres ouvertes sur les échanges et les rassemblements indispensables.
 Patrick Chemla


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